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MISSION ITOUPE II. Episode 1 : La danse de la pluie

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Saison des pluies – 6 > 17 Janvier 2016

Le tarmac de l’aéroport Félix Eboué encore luisant du dernier grain sous les tours de roues, l’hélicoptère biturbine met cap sur Itoupé, second sommet de Guyane (830 m) situé au cœur du Parc amazonien (PAG). A son bord, entomologistes, herpétologues, ichtyologues et météorologistes se préparent à poursuivre, avec les agents du PAG, le vaste inventaire pluridisciplinaire selon le gradient altitudinal, entamé depuis 2010 et 2014.

Le ciel plombé se répand ça et là en dégradés gris bleutés sur la canopée infinie. Mais la couche nuageuse, si son plafond est bas, n’est pas épaisse et des bulles éclatantes de soleil inondent soudain violemment un Vochysia à la floraison jaune d’or, ou quelque Gonfolo au bouquet bleu-mauve. A l’approche du mont tabulaire Itoupé, le relief soulève l’océan d’émeraude qui nous aspire. Le vent rend la manœuvre périlleuse et le couloir d’entrée vertical sur la zone de largage se referme vite, dès lors que le vrombissement des pales s’arrête.

Un camp de base principal est installé à 600 m, à l’emplacement de celui déjà utilisé lors des missions précédentes. Les équipes se relaieront sur un petit camp annexe du plateau sommital, ainsi qu’en aval de la zone de largage pour les entomologistes, qui ont tôt fait de la transformer en piège lumineux pour la nuit, sous un concert de cassiques verts, piahau hurleurs et arapongas blancs au chant métallique bitonal si particulier.

La fourmilière des équipes scientifiques s’organise, avec au programme de ces 11 jours de mission :

  • pour les herpétologues, l’inventaire des amphibiens selon le protocole DIADEMA, la recherche ciblée d’amphibiens indicateurs des changements climatiques (inféodés à des conditions particulières de température et d’hygrométrie) et leur répartition altitudinale, ainsi que la présence de chytrid – maladie transmise par un champignon – sur ces amphibiens ;
  • pour les entomologistes, l’inventaire de l’entomofaune de saison des pluies et des opilions ;
  • pour la météorologiste, la relève et la vérification des capteurs HOBO posés en novembre 2014 ;
  • pour les ichtyologues, l’étude et la distribution d’une espèce a priori endémique au mont Itoupé : Hartiella sp.
  • pour le géodrilologue, l’inventaire des vers de terre selon le protocole DIADEMA.

Ainsi que d’autres missions comme la collecte de litière, dans le cadre du programme DYNFORDIV, la constitution d’un herbier pour le PAG sur les espèces remarquables et la pose de pièges photographiques.

Mais chacun fait bientôt le même constat sans appel, face au temps sec et lumineux qui s’est maintenant installé depuis trois jours : la saison des pluies n’est toujours pas commencée et certains avancent « un décalage » d’un mois par rapport aux prévisions, sous le joug d’El Nino… Nombre d’amphibiens sont pour l’instant encore non identifiables car ils ne chantent pas et ne se montrent pas. « Allez, rien de grave pour l’instant, concentrons-nous sur les lézards en attendant des jours meilleurs », lance Maël Dewynter (herpétologue) – entendez, pour le commun des mortels, des jours d’apocalypse. L’entomofaune reste assez rare pour les espèces remarquables, même si les prélèvements avancent au quotidien. Caïmans dans les marres et tapir en sous-bois marquent certaines recherches. Mais il n’est pas rare d’entendre s’élever de la montagne, en réponse aux appels des singes hurleurs et autres atèles, la complainte du scientifique pour qu’enfin vienne la pluie…


Texte & photos : Aurélien BRUSINI

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