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Orpaillage illégal : les loutres géantes ont déserté l’Inipi

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Depuis l'Inipi boueuse, les membres de Kwata observent un petit cours d'eau propre. © PAG/GF
Depuis l'Inipi boueuse, les membres de Kwata observent un petit cours d'eau propre. © PAG/GF
La loutre géante, espèce indicatrice de la qualité des cours d'eau © K. Pineau
La loutre géante, espèce indicatrice de la qualité des cours d'eau © K. Pineau
Recherche d'indices de présence de loutres géantes © PAG/GF
Recherche d'indices de présence de loutres géantes © PAG/GF
Une empreinte : seul indice de présence de loutre géante rencontré © PAG/GF
Une empreinte : seul indice de présence de loutre géante rencontré © PAG/GF
confluence de l'Inipi et de la Camopi © PAG/GF
confluence de l'Inipi et de la Camopi © PAG/GF
Confluence de la Camopi (à droite) et de l'Oyapock en septembre 2011 © PAG/GF
Confluence de la Camopi (à droite) et de l'Oyapock en septembre 2011 © PAG/GF

De retour d’une mission d’inventaire de loutres géantes sur l’Inipi (bassin de Camopi), une équipe composée de membres de l’association Kwata et du Parc amazonien de Guyane (PAG) a pu constater la désertion des loutres géantes de l’Inipi, rivière fortement impactée par l’orpaillage illégal depuis 6 ans. Ce type d’inventaire s’inscrit dans le cadre des missions de diagnostic environnemental du PAG.

Loutre géante d'Amazonie (Pteronura brasiliensis)

Loutre géante © Ch. Moulin

En 2006, l’association Kwata et la Mission pour la création du parc national de Guyane avaient réalisé un inventaire de loutres géantes (Pteronura brasiliensis) sur l’Inipi, cours d’eau situé sur la Haute-Camopi à plusieurs dizaines de km en amont du village de Camopi, dans le futur coeur de parc national. Les loutres géantes, grandes consommatrices de poissons carnivores situées au sommet de la chaîne alimentaire, peuvent-être considérées comme des indicatrices de la qualité des écosystèmes aquatiques. « Ces animaux ont de fortes exigences écologiques. Elle ne peuvent pas se maintenir durablement dans un milieu perturbé » explique Benoit de Thoisy, directeur de Kwata. Les inventaires sont réalisés en prospectant des tronçons de rivière d’environ 15 km le long desquels les scientifiques notent tout signe d’activité récente des loutres géantes : empreintes laissées dans la boue, les catiches (terriers), les excréments, les grattages territoriaux sur les berges ou les troncs, etc. « Nous rapportons le nombre d’indices de présence trouvés au kilomètre de berges propectées. Le nombre obtenu sert ensuite de base de comparaison d’abondance des loutres entre les différents sites inventoriés, explique Benoit de Thoisy. L’inventaire de l’Inipi en 2006 avait révélé un des sites les plus riches en loutres géantes que nous ayons prospectés » se rappelle-t-il.

Les loutres ont quitté l’Inipi

Mais aujourd’hui, et ce depuis près de 6 ans, les têtes de lnipi et ses affluents, notamment la crique Pian Bois, sont devenus des hauts lieux de l’orpaillage illégal et sont fortement polluées par les matières en suspension. C’est dans ce contexte que le PAG et l’association Kwata ont organisé une nouvelle mission d’inventaire de loutres géantes sur l’inipi fin novembre 2013. « Nous avons un rôle de surveillance et de diagnostic des milieux naturels, explique Bertrand Goguillon, chef du service patrimoines naturels et culturels du PAG. Mêmes si les résultats étaient prévisibles, nous devions retourner sur ce site pour rapporter des données factuelles sur les impacts l’activité aurifère illégal sur les populations de loutres géantes, après 6 ans de pollution aux matières en suspension, précise-t-il. Et le constat, attendu, est sans appel : les loutres géantes ont déserté le cours d’eau. Aucune trace récente d’activité de marquage, ni de reproduction (aucun terrier actif). Une seule empreinte fraîche, probablement laissée par un individu de passage, a été observée sur les 30 km de berges prospectées. « Nous sommes passés d’un site de référence à l’un des sites les plus pauvres étudiés dans le cadre de nos travaux sur les loutres » constate Benoit de Thoisy. Un sombre constat qui vient rappeler, si besoin en est, que l’orpaillage illégal est hautement destructeur pour les écosystèmes aquatiques.

Des impacts ressentis jusqu’à Camopi

Le niveau de turbidité de l’Inipi, mesuré par la brigade nature du PAG au cours du dernier trimestre 2013, présente la plus forte valeur enregistrée sur cette crique depuis le début du programme de suivi de la qualité des cours d’eau en 2011. Cela est lourd de conséquence pour les bassins de vie situés en aval : les tonnes de boues rejetées par l’exploitation illégale de l’or et charriées par l’Inipi se retrouvent dans la Camopi, rendant les eaux de cette dernière turbides et impropres à la consommation et aux autres usages courants des habitants du bourg de Camopi.  Au regard de cette situation, le PAG oeuvre pour que les secteurs situés en coeur de parc et impactant directement la qualité de vie des Camopiens, soient pris en compte dans les priorités du dispositif de lutte contre l’orpaillage illégal.

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