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Malilu, potière

Argile et matériel de poterie © L. Duprat/PAG
Argile et matériel de poterie © L. Duprat/PAG
Modelage de l'argile © L. Duprat/PAG
Modelage de l'argile © L. Duprat/PAG
Façonnage de la poterie © L. Duprat/PAG
Façonnage de la poterie © L. Duprat/PAG
Malilu façonne sa poterie © L. Duprat/PAG
Malilu façonne sa poterie © L. Duprat/PAG
Cuisson des poteries © L. Duprat/PAG
Cuisson des poteries © L. Duprat/PAG
Malilu sort les poteries du four © L. Duprat/PAG
Malilu sort les poteries du four © L. Duprat/PAG
Poteries après cuisson © L. Duprat/PAG
Poteries après cuisson © L. Duprat/PAG

Malilu, habitante du village de Taluen, sur le Haut-Maroni, est l’une des dernières potières Wayana. Elle répond à nos questions.

 

« Je suis née au Brésil, sur le Yari. Quand j’étais jeune, c’est ma mère qui m’a enseigné cet art, qu’elle-même avait appris de sa mère. Cela se transmet de mère en fille, c’est notre tradition. La transmission ne s’arrêtait pas au savoir, car une mère donnait ensuite ses poteries à sa fille pour un usage quotidien bien-sûr, mais aussi afin que tous les objets restent dans la famille. On fabriquait des jarres pour le cachiri, des bols, des assiettes, des marmites, etc. Mais peu à peu, l’arrivée du plastique a anéanti le travail des potières. Cela fait des années que je ne vends presque plus de poteries dans le village car les gens utilisent désormais des ustensiles en plastique ou en aluminium. En revanche, je vends beaucoup plus aux visiteurs et aux touristes, qui les ramènent chez eux ou en font des cadeaux. C’est aussi un moyen pour nous de savoir que nos objets voyagent et sont connus ailleurs.

Y a-t-il des règles à respecter ?

Il y a quelques règles très importantes à respecter lors de la fabrication, et notamment pour l’étape de la cuisson. Il ne faut pas avoir déjeuné, ni avoir eu de relation sexuelle avant, ni être indisposée et ni être enceinte. Ces règles doivent être respectées non seulement par la potière mais aussi par les gens présents autour de l’atelier. De cette façon, les poteries ne casseront pas et nous pourrons nous en servir pendant des années sans problème.

Où trouvez-vous l’argile ?

En vieillissant,  je rencontre des difficultés. Il faut aller loin en forêt pour trouver la bonne argile et je suis toute seule. Je connais un endroit à trois heures de pirogue, en amont de Pidima, mais je ne vous dirai pas où exactement ! Chaque potière a ses endroits ! J’ai du mal à trouver des volontaires pour m’aider car ce travail est fastidieux et physique. Or j’ai besoin de la force des hommes pour m’aider à tirer la pirogue, passer les sauts et m’accompagner pour déterrer l’argile puis transporter les sacs très lourds. Si je veux continuer à faire des poteries, ma fille et moi devons insister auprès des hommes de la communauté pour nous aider dans ce travail. Cela ne se faisait pas du temps de mes parents… Les hommes accompagnaient naturellement les potières. Depuis que j’ai perdu mon compagnon, je fais moins de poterie, car il m’aidait beaucoup. Je n’ose pas demander de l’aide aux gens, cela ne se fait pas.

L’inquiétude d’une porteuse de savoirs

Aujourd’hui, je suis inquiète car je fais partie des dernières potières et très peu de jeunes Wayana veulent apprendre. J’aimerais bien transmettre ce savoir-faire à plusieurs femmes pour préserver nos traditions. Mais à part ma fille Linia, personne n’est venu me solliciter. Linia sera une des dernières potières si les autres ne veulent pas apprendre. Cela me rend triste car la poterie fait partie intégrante de notre culture, et si elle disparaît, nos enfants ne connaîtront pas les traditions de notre peuple. »

Propos recueillis par Laurence Duprat et traduits par Kupi Aloike