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Mimisiku, artisan vannier

Mimisiku à l'ouvrage © J. Amiet/PAG
Mimisiku à l'ouvrage © J. Amiet/PAG
Préparation des fibres d'arouman © J. Amiet/PAG
Préparation des fibres d'arouman © J. Amiet/PAG
Préparation des fibres d'arouman © J. Amiet/PAG
Préparation des fibres d'arouman © J. Amiet/PAG
Tressage de la vannerie © J. Amiet/PAG
Tressage de la vannerie © J. Amiet/PAG
Mimisiku et ses tiges d'arouman devant son atelier © J. Amiet/PAG
Mimisiku et ses tiges d'arouman devant son atelier © J. Amiet/PAG
Motifs
Motifs "jaguar" © J. Amiet/PAG
© J. Amiet/PAG
© J. Amiet/PAG

Je suis né au Brésil (sur le Yari), et je suis venu ici en Guyane assez jeune. J’ai grandi à Kawatop juste en aval de Alupentu et Kawemhakan, maintenant je vis à Antecume-Pata. J’ai toujours voulu apprendre l’artisanat et plus particulièrement l’art de la vannerie. A 18 ans, j’ai réalisé mon premier ouvrage, un panier. A 24 ans,  j’ai commencé vraiment à m’appliquer davantage et consacrer plus de temps à cette activité.Quand je me suis marié, j’ai commencé à fabriquer divers objets mieux décorés. J’ai peu à peu appris les motifs et leur signification. J’ai pris cela comme un projet personnel, comme un étudiant qui veut réussir ses examens. J’ai voulu faire de la vannerie mon métier.

Comment avez vous appris la vannerie ?

L’apprentissage de l’artisanat est chez nous un genre de parcours professionnel. Maintenant les jeunes font des études, nous, nous devions apprendre l’artisanat, cela faisait partie du fonctionnement de notre communauté. C’est un élément essentiel de notre culture. J’ai appris par moi-même, mon père ne m’a pas appris, ce n’était pas son truc. En observant les anciens, leurs mains, sans poser de question, j’ai commencé à toucher un morceau d’arouman. Et à force de travail, j’ai développé un savoir-faire. Je crois que c’est comme un don, comme si, depuis toujours, cela était décidé que je serai artisan vannier.

Quels sont les usages de vos oeuvres ?

Je fais ces objets pour les gens. Il y a des personnes qui font des commandes pour un usage quotidien : préparer la cassave, le cachiri ou autre… Les vanneries ont une utilité encore très importante pour la communauté Wayana. Les hommes doivent pouvoir fabriquer ces objets et permettre à leur femme de récolter, tamiser, préparer les plats et boissons traditionnels. Je vends aussi pour les visiteurs ou les métropolitains. Ces personnes apprécient plutôt l’aspect esthétique et décoratif de mes œuvres. Ils n’attendent pas le côté pratique et utilitaire de l’objet. Dans ce cas, je m’applique à donner davantage de couleurs et de motifs.

Est-ce une pratique qui intéresse la jeune génération ? 

Aujourd’hui, les jeunes ne veulent pas apprendre. Même mes fils ne me demandent pas de leur enseigner. Je répète sans cesse aux jeunes d’essayer, je tente de les motiver pour apprendre la vannerie. Je suis prêt à leur montrer, mais personne n’est intéressé réellement pour apprendre et perpétuer ce savoir-faire. Dans 10 ans, il n’y aura plus personne qui sera capable de fabriquer des objets comme je sais le faire. Cela m’attriste car c’est la disparition annoncée de notre savoir-faire et d’un pan de la culture Wayana. L’artisanat renforce notre identité Wayana et permet encore de nous distinguer des différentes ethnies amérindiennes puisque nos objets sont différents de ceux des Tiliyo, Wayampi et Apalai. Je suis prêt à enseigner et espère que les jeunes n’attendront pas que je disparaisse pour ensuite regretter de ne pas avoir appris.

Propos recueillis par Laurence Duprat et traduits par Kupi Aloike