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Minestelli et le maluwana

Maluwana ou
Maluwana ou "ciel de case" © G. Feuillet/PAG
Peinture des motifs avec de l'argile © J. Amiet/PAG
Peinture des motifs avec de l'argile © J. Amiet/PAG
Peinture des motifs avec de l'argile © J. Amiet/PAG
Peinture des motifs avec de l'argile © J. Amiet/PAG
Minestelli et son compas
Minestelli et son compas "maison" © J. Amiet/PAG
Peinture des motifs © J. Amiet/PAG
Peinture des motifs © J. Amiet/PAG
Motif
Motif "chenille à 2 têtes" © G. Feuillet/PAG
Motif
Motif "tamanoir" © G. Feuillet/PAG
Motif
Motif "esprit des eaux" © G. Feuillet/PAG
Centre du maluwana symbolisant le tronc du Fromager © J. Amiet/PAG
Centre du maluwana symbolisant le tronc du Fromager © J. Amiet/PAG

Le Maluwana, ou « ciel de case » est un disque de bois fixé sous le dôme du tukusipan des villages Wayana. Il protège ce lieu de vie collective, d’échanges et ceux qui s’y rassemblent. Il est orné de créatures des temps anciens et symbolise toute la richesse, la complexité de la culture wayana et de son rapport au monde. Chaque ciel de case est unique, résultat de l’inspiration de l’artiste à partir d’un savoir transmis d’une génération à l’autre. Discussion avec Minestelli, artiste spécialsé dans la réalisation de ciels de case.

Je suis né en 1981 à Antecume-Pata, et j’y vis toujours. J’ai commencé à faire des ciels de case (maluwana) en autodidacte à l’âge de 15 ans. C’est aujourd’hui mon activité principale. J’ai aussi enseigné au collège Gran Man Difou à Maripa-Soula comme professeur d’arts plastiques. Le maluwana est un objet important car il représente des motifs pour lesquels nous avons un grand respect, sans quoi cela peut porter malheur. Il y a énormément d’histoires à raconter autour de ces dessins.

Quels sont les méthodes de fabrication du maluwana ?

La rondelle de bois est une pièce taillée à la tronçonneuse dans le Fromager. C’est un arbre sacré, l’arbre des esprits. C’est un symbole pour les Wayana. On peut aussi faire cela dans le bois Acajou rouge qui a l’avantage de ne pas se faire manger par les bêtes car il est amer et léger. Mais ce bois n’entre pas dans la tradition. Le trou au centre du ciel de case est réservé à l’accrochage au sommet du tukusipan. Les motifs autour du trou représentent les épines du fromager. Chaque artiste a ses techniques mais les outils restent les mêmes : tronçonneuse, sabre, rabot électrique, rabot à main, scie sauteuse, ponceuse, canif, compas acier, compas fait à la main, et surtout, les argiles de différentes couleurs.

Parlez-nous de ces argiles qui servent à peindre les motifs…

Il y a différents types d’argiles, celles qui craquent et celles qui ne craquent pas. Je me rends compte de cela lorsque je teste mon mélange de colle et de terre sur le ciel de case. J’utilise environ 5 couleurs. Les plus difficiles à trouver sont le vert, le gris et le blanc. Les terres sont ramassées dans des endroits “secrets”. Chaque couleur a son endroit. Je les fais ensuite sécher au soleil puis je les tamise jusqu’à obtenir une poudre très fine. La préparation est assez longue. Ensuite je mets une à deux semaines pour faire les motifs et finir le ciel de case.

Peignez-vous toujours les mêmes motifs ?

C’est l’artiste qui choisi les motifs de son ciel de case en fonction des histoires qu’il veut raconter. Depuis que le ciel de case est devenu un objet touristique, les motifs ont subi une évolution. L’acheteur peut choisir la taille et la forme de son maluwana et éventuellement les animaux à représenter. Cela me permet aussi d’inventer des nouvelles formes. Dans le cas de ces maluwana ornementaux, nous ne faisons plus le trou du centre, pour qu’il puisse s’accroche au mur facilement.

Etes-vous nombreux à exercer ce métier ?

Au village, nous ne sommes pas plus de trois à faire des maluwana. Malheureusement, peu de jeunes s’intéressent à cet art. Ils viennent parfois me voir, chercher une histoire à écouter, mais peu souhaitent en faire un métier. Traditionnellement, ce ne sont pas les femmes, ni les jeunes comme moi qui fabriquent les ciels de case mais plutôt les anciens. Aujourd’hui, il y a des femmes qui travaillent le maluwana. Elles prennent des risques car les figures légendaires peuvent être dangereuses pour elles et leurs enfants, leur porter malheur. En tout cas, c’est ce qu’on dit chez nous.

Propos recueillis par Géraldine Jaffrelot.

POUR EN SAVOIR PLUS

Télécharger le poster « Maluwana »