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Mme Assouman, tembe uman

Gravure de calebasse aux motifs tembe © M. Tani/PAG
Gravure de calebasse aux motifs tembe © M. Tani/PAG
Mme Assouman © M. Tani/PAG
Mme Assouman © M. Tani/PAG
Ouverture d'une calebasse fraîche © M. Tani/PAG
Ouverture d'une calebasse fraîche © M. Tani/PAG
Gravure de calebasse © M. Tani/PAG
Gravure de calebasse © M. Tani/PAG
Oeuvres de Mme Assouman © M. Tani/PAG
Oeuvres de Mme Assouman © M. Tani/PAG

« Issue du lignage Dipélou, je suis née à l’Enfant Perdu, une île en face du village Cottica en aval de Papaïchton. En voyant ma mère et ma grande tante graver le tembe sur les kaabashi (calebasses), j’ai tout de suite su que ça allait me plaire. A l’âge de 11 ans, une de mes tantes et moi, on volait les calebasses d’une autre tante et on se cachait pour graver des tembe. Ma mère nous a vues, et à partir de là, elle et ma grande tante nous ont tout appris.

Parlez nous de l’utilisation de vos oeuvres

A l’époque où je me suis mariée avec l’actuel fiscal (chef coutumier) de Maripasoula, M. Topo, une femme Aluku était dans l’obligation de faire honneur à son mari et sa famille. Quand des invités venaient à la maison, il fallait leur montrer notre richesse. Le fait de savoir graver sur les calebasses faisait de moi une femme riche et respectée. Je préparais la table que mon mari avait lui-même sculpté et j’y mettais mes calebasses avec motifs. La décoration des maisons des femmes qui gravaient les calebasses étaient plus belles que celles qui ne savaient pas. De plus, lorsque je faisais voir mes calebasses et le tembe,on me considérait comme une femme à part entière car je rentrais directement en concurrence avec les hommes. Car cette activité est normalement réservée aux hommes. Aujourd’hui, je fais encore ces objets pour ma famille, parce que chaque calebasse a ses propres motifs et sa signification. Mais je ne les vends pas car mes enfants préfèrent garder ces objets pour eux. A l’époque où j’avais toutes mes forces j’aurais pu en vendre, mais maintenant, mes bras et mes mains se sont affaiblis et ne peuvent plus limer.

Avez-vous transmis votre savoir-faire ?

Même si ce n’est pas donné à tout le monde d’acquérir ce savoir-faire, les jeunes de nos jours n’ont pas la motivation d’apprendre. Je suis triste de voir qu’aucune de mes filles n’a la fibre d’une artiste. Elles  me demandent de leur enseigner, mais elles n’y arrivent pas. Je répète sans cesse aux plus jeunes d’essayer, mais elles préfèrent collectionner les chaussures et les sacs à main. Les choses ont bien changé… Je suis prête à enseigner ce que je maîtrise encore, mais le temps passe vite, j’approche les cent ans et je perds de plus en plus la mémoire !

Le tembe fait partie de notre identité, il accompagne la vie de nos villages, de nos familles, et il nous permet de nous différencier des autres peuples bushinengué puisque notre façon de graver est différente de celle des Ndjuka, Saramaca et Paramaca. Bientôt, il n’y aura plus de jeunes femmes capables de graver des calebasses comme je le fais. Cela me fait mal au cœur car la disparition de notre savoir-faire aluku est proche et nos enfants perdront une partie de la culture de leur peuple. »

Propos recueillis et traduits par Mirta Tani