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La biodiversité : un enjeu de la COP 21

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Les gros arbres sont ceux qui contribuent le plus au stockage du carbone forestier. Un arbre d'un mètre de diamètre contient un stock de carbone équivalent à celui de 200 arbres de 10 centimètres de diamètre - ou aux émissions de CO2 d'un Français pendant 7 ans
Les gros arbres sont ceux qui contribuent le plus au stockage du carbone forestier. Un arbre d'un mètre de diamètre contient un stock de carbone équivalent à celui de 200 arbres de 10 centimètres de diamètre - ou aux émissions de CO2 d'un Français pendant 7 ans
Brume matinale sur la canopée. En permettant le maintien d'une humidité élevée et d'une certaine fraîcheur, la forêt entretient des conditions favorables à sa propre régénération.
Brume matinale sur la canopée. En permettant le maintien d'une humidité élevée et d'une certaine fraîcheur, la forêt entretient des conditions favorables à sa propre régénération.
Les inselbergs parsèment le massif forestier des Guyanes. Riches en interfaces entre milieux ouverts et milieux fermés, il s'agit de véritables sentinelles du changement climatique, car c'est justement au niveau des interfaces que les évolutions du milieu  peuvent s'observer en premier
Les inselbergs parsèment le massif forestier des Guyanes. Riches en interfaces entre milieux ouverts et milieux fermés, il s'agit de véritables sentinelles du changement climatique, car c'est justement au niveau des interfaces que les évolutions du milieu peuvent s'observer en premier
Agissant comme une véritable éponge, la forêt restitue progressivement l'humidité aux très nombreux cours d'eau de la région. Cette abondante ressource en eau douce est l'une des atouts marquants de la région des Guyanes
Agissant comme une véritable éponge, la forêt restitue progressivement l'humidité aux très nombreux cours d'eau de la région. Cette abondante ressource en eau douce est l'une des atouts marquants de la région des Guyanes
Ce figuier étrangleur a poussé en enveloppant un tronc aujourd'hui disparu. La biomasse qui constitue les végétaux est constituée en grande partie de carbone. Tout le carbone forestier ainsi stocké n'est pas présent dans l'atmosphère sous forme de CO2, et ne participe donc pas au dérèglement climatique global
Ce figuier étrangleur a poussé en enveloppant un tronc aujourd'hui disparu. La biomasse qui constitue les végétaux est constituée en grande partie de carbone. Tout le carbone forestier ainsi stocké n'est pas présent dans l'atmosphère sous forme de CO2, et ne participe donc pas au dérèglement climatique global

« Pas de préservation au climat sans préservation de la biosphère, des espaces naturels et de la biodiversité »

Dans son numéro du mois de novembre, le magazine Préventique, spécialisé dans la gestion des risques, faisait sa une sur le risque climatique « Peut-on maîtriser le risque climatique ? » dans un dossier spécial COP 21. Parmi les entretiens réalisés par le rédacteur en chef, Didier Raciné, une interview du directeur du Parc amazonien de Guyane, Gilles Kleitz dans le chapitre environnement. Nous vous proposons ici, l’intégralité de cette interview.

Gilles KLEITZ, Ingénieur agronome, des ponts et des eaux et forêts, directeur du Parc amazonien de GuyaneOn ne mesure pas bien les risques que nous prenons à détruire la biodiversité, mais cette perte sera sans doute vitale à terme. Gilles Kleitz précise dans cet entretien les liens entre lutte contre le changement climatique et préservation de la biodiversité.

Gilles Kleitz travaille depuis plus de 25 ans sur les questions de conservation de la nature et sur leurs liens avec le développement durable, en France, en Afrique et à l’international. Il a coordonné la stratégie française pour la biodiversité, il a été conseiller de plusieurs ministres. Il est actuellement  Directeur du Parc amazonien de Guyane.

Pouvez-vous nous rappeler quels sont les liens entre changement climatique et biodiversité ?

La biosphère a une influence si déterminante  sur l’atmosphère que leurs histoires sont intimement mêlées, notamment à travers la géologie : c’est le développement de la vie qui a fourni l’oxygène de l’atmosphère terrestre, il y a plus de deux milliards d’années, et permis l’explosion de la biodiversité et son évolution. C’est la biomasse, il y plusieurs centaines de millions d’années qui a donné le pétrole et le charbon; les immenses montagnes et chaînes calcaires sont des dépôts biologiques qui ont, en leur temps, retiré du carbone de l’atmosphère. Les sols, produits de l’interaction entre la roche, la végétation et le climat, contiennent plus de deux fois plus de carbone que l’atmosphère : toucher au sol, c’est toucher à l’atmosphère. Ainsi, les forêts, les océans, les sols, les prairies et les zones humides sont au cœur du cycle du carbone et du devenir de notre atmosphère.

L’humanité contribue ainsi doublement au changement climatique : en libérant directement des gaz à effet de serre, mais aussi, et de plus en plus, en transformant fortement la biosphère. La modification des couverts forestiers et herbagers est responsable de près de 25 % des émissions  de gaz à effet de serre et diminue durablement la quantité de carbone stockée dans les écosystèmes.

Tous ces liens, vous le voyez, démontrent qu’on ne peut se préoccuper du climat sans prendre garde aussi aux écosystèmes et à la biodiversité qui constituent la biosphère. Faire le premier sans les seconds, ce serait comme tenter de consolider les étages supérieurs d’un bâtiment sans se préoccuper de l’état des fondations.

La lutte contre le réchauffement climatique est ainsi très liée à la défense de la biodiversité ?

Oui, mais elle devrait l’être encore d’avantage dans les politiques et les outils. C’est pourquoi, nous gestionnaires d’aires protégées, nous disons que les espaces naturels sont une composante majeur de la lutte contre le changement climatique, aussi bien pour la réduction des émissions, que pour l’adaptation. Pratiquement, c’est à toutes les échelles que doivent être mise en place des solutions.

Vue sur l'Oyapock_GFEUILLET_PAG2Au niveau local, par exemple à l’échelle du Parc amazonien de Guyane (3,4 millions d’ha), l’écosystème forestier stocke 1 milliard de tonnes de carbone et constitue ainsi un énorme tampon qui, à la marge, génère aussi un flux de carbone, de quelques % de cette énorme quantité. La conservation de ce stock, équivalent à quelques % des émissions mondiales annuelles générées par l’humanité, est donc primordiale. En plus de cette contribution par la conservation du massif forestier et d’un fonctionnement responsable de l’institution, le Parc national promeut activement des solutions énergétiques durables, pour les sites isolés du Haut-Maroni et de l’Oyapock.

 Au niveau de la Guyane, la région, avec l’Ademe ainsi que plusieurs acteurs privés, s’est engagée activement en faveur des énergies renouvelables, dans le cadre d’un plan prospectif visant à l’utilisation rationnelle de l’énergie. Les atouts de la Guyane, le soleil, l’eau, parfois la biomasse, demain la mer, doivent être valorisés en priorité pour l’énergie, sans compromettre les écosystèmes et les service pérennes qu’ils nous rendent gratuitement. La possibilité de mettre tout le monde d’accord à cette échelle est essentielle, comme dans les autres régions de France et du monde.

Au niveau de l’Amérique Latine, les gestionnaires des systèmes nationaux de parcs naturels, unis dans un réseau à l’échelle du continent, viennent de signer une déclaration pour la COP21 recommandant que les aires protégées, leur gestion et leur financement soient directement reliés aux actions en faveur du climat, et notamment aux plans nationaux d’adaptation, et puissent également bénéficier de financements liés au carbone, pour les services et cobénéfices qu’elles engendrent. Cette déclaration des gestionnaires d’aires protégées, qui défend que leurs espaces font partie des solutions dans la lutte contre le changement climatique, est un acte fort, et, à ma connaissance, une première à l’échelle d’un continent.

Une condition clé de cette action liant biodiversité et climat est effectivement d’obtenir la coopération de tous les acteurs, notamment locaux, pour une gestion durable des écosystèmes.

LianeQuelles sont vos attentes de la COP 21 ?

Au niveau politique, les gestionnaires d’aires protégées, d’espaces naturel, de forêt et de zones marines, souhaitent que l’accord de Paris 2015 mentionne la conservation des écosystèmes et de la biodiversité comme une composante cruciale des solutions, tant en terme de mitigation que d’adaptation. Pas de solution au climat sans préservation de la biosphère, des espaces naturels et de la biodiversité.

Au niveau plus technique, la COP 21 doit mobiliser les objectifs d’Aïchi de la convention de Rio sur la biodiversité et notamment la cible 11 sur les aires protégées (d’ici 2020, 17% des terres protégées, 10% des océans) : il faut inclure cette cible dans les plans nationaux d’adaptation (NAP), mais aussi dans les autres outils climat à l’échelle nationale. Les financements du Fonds vert doivent ainsi être mobilisables pour ces sujets « espaces naturels ». La négociation sur REDD+ doit aboutir pour permettre de régler les principales faiblesses actuelles du dispositif.

Des  acteurs des aires protégées du monde entier seront présents à la COP 21 de Paris pour défendre ces principes, ce dont je me réjouis. De l’Amérique latine, leur réseau Redparquesactuellement sous présidence péruvienne, les portera aussi ; au nom des quelques 2000 aires protégées et des 220 millions d’ha qu’elles gèrent (11 % du continent !) incluant le Parc amazonien de Guyane, qui, invité par ces voisins, a également signée cette déclaration commune.

Propos recueillis par D.R.

 

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