Parc amazonien de Guyane
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On 24/09/2020
Après la Mamilihpan en 2018 et le Haut-Koursibo en 2019, le site de Gros Saut, sur le Grand Abounami (nord-est de Papaïchton) a été identifié cette année pour accueillir une mission d’exploration naturaliste d’envergure. L’enjeu est de taille : il s’agit de combler le déficit en connaissances naturalistes de ce secteur, l’un des moins connus de Guyane. Cette mission bénéficie d’une subvention de 8 000 euros de la GMF, que le Parc renforce par 30 000 euros de fonds propres en plus de la mobilisation de ses agents.
1. Gros Saut, une zone particulièrement méconnue

En 2018, la Direction de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement de Guyane (actuelle DGTM) a commandé une analyse afin de structurer à l’échelle de la Guyane les inventaires de biodiversité à partir de données existantes. Cette expertise montre des lacunes de connaissance très marquées sur la commune de Papaïchton, désignant même le secteur compris entre la crique Grand Abounami et la région nord-est de la commune comme l’un des moins prospectés de Guyane : il n’y a aucune donnée dans aucun des groupes taxonomiques examinés (en rouge/violet sur la carte ci-contre). 

Une grande partie de cette surface faisant partie du territoire du Parc amazonien de Guyane, la mise en œuvre d’un inventaire naturaliste pluridisciplinaire sur cette zone permet de répondre aux enjeux de connaissance en matière de biodiversité.

2. Une mission en trois temps

Afin d’avoir un inventaire le plus exhaustif possible, cette mission d’ampleur s’organise en trois temps :

- Du 10 au 19 septembre, 8 agents du Parc amazonien de Guyane (PAG) ont été mobilisés sur place pour préparer le site : ils y ont créé une zone d’atterrissage pour hélicoptère, construit un camp de vie et tracé quatre layons de 3 km en pleine forêt.

- Du 9 au 28 novembre vont se dérouler les inventaires de saison sèche. La grande faune va tout d’abord être mesurée avec la méthode des IKA (Indice kilométrique d’abondance). Cette campagne va mobiliser 5 agents du PAG. Des inventaires naturalistes, menés en coopération avec des organismes de recherche de Guyane, vont ensuite prendre le relais. Poissons, crustacés et scorpions feront particulièrement l’objet de toutes les attentions. Les différents habitats de la zone seront également cartographiés. En toile de fond, l’impact des activités d’orpaillage illégal sera évalué, notamment au travers de la turbidité du Grand Abounani.

- Du 22 février au 5 mars 2021 se jouera l’acte II de la mission Gros Saut avec les inventaires de saison des pluies. Place aux experts dans les domaines de la botanique (végétaux), de l’ornithologie (oiseaux), de l’herpétologie (reptiles et amphibiens) et de la chiroptérologie (chauves-souris) ! Trois agents du PAG et 6 naturalistes seront mobilisés pour récolter des données et contribuer ainsi à mieux connaître cette zone.

3. Une mission sous pression

Bien que l’Amazonie française soit en bon état de conservation et peu fragmentée, un véritable fléau gangrène l’intérieur de la Guyane : l’orpaillage illégal. Sur le Grand Abounami, deux à trois petits chantiers sur la tête de crique sont actifs depuis environ trois ans. Des survols de surveillance ont révélé récemment que les orpailleurs illégaux se sont dispersés sur trois affluents différents.

À ce jour, l’impact sur le Grand Abounami est encore très limité mais l’expérience sur d’autres secteurs montrent que la situation peut vite évoluer, jusqu’à littéralement « tuer » un cours d’eau.

Disposer d’éléments objectifs sur ces sujets renforcerait très certainement les argumentaires de stratégie de lutte contre l’orpaillage illégal. Il est donc urgent de pouvoir caractériser la biodiversité terrestre et aquatique liée à ce cours d’eau avant que l’impact n’augmente.

4. Programme « Parc revisité »

Cette mission s’inscrit dans le cadre du programme « Parc revisité ». Depuis 2018, le Parc national entreprend l’exploration de sites inconnus en investissant des moyens humains, logistiques et financiers conséquents.

Chaque mission est un défi. L’isolement total de ces sites et les difficultés d’accès en font de véritables challenges d’un point de vue logistique et nécessitent des moyens lourds : survols de repérage, missions de préparation de la zone, ballets aériens, aménagement d’une base de vie sous bâches, acheminement de groupes électrogènes, herbiers de terrain, filets de capture et bien d’autres matériels d’expertise scientifique. Chaque élément doit être pensé et anticipé afin que les scientifiques puissent exercer leur expertise en totale autonomie.

Chaque site révèle des spécificités écologiques et/ou archéologiques remarquables, parfois étonnantes ou même incroyables. De nouvelles espèces pour la Guyane (voire pour la science) étant régulièrement découvertes !

5. Papaïchton : quand une commune s’engage pour sa biodiversité…

Connaissant une croissance démographique importante, la commune de Papaïchton rencontre à ce jour des défis pour développer des activités économiques, préserver et valoriser son identité culturelle et sa biodiversité, accompagner sa jeunesse et lutter contre les effets néfastes de l’orpaillage illégal.

Dans le cadre l’élaboration de son premier Plan local d’Urbanisme, prévu pour la fin 2021, la mairie souhaite une meilleure prise en compte de la biodiversité dans son développement futur, notamment grâce à l’identification d’enjeux écologiques. Ainsi, le Parc amazonien de Guyane s’est associé à la commune pour porter un Atlas de la Biodiversité communale (ABC).

Cet important projet, qui vise à inventorier et cartographier la biodiversité, est soutenu financièrement par l’Office français de la Biodiversité (OFB), avec la contribution de structures naturalistes ou de recherche. Un volume financier de 53 000 euros est uniquement dédié à l’inventaire du site de Gros Saut. À ce montant s’ajoutent les temps de travail du PAG ou des partenaires tels que la fondation Biotope, le laboratoire Hydreco ou l’ONF.

Commune de Papaïchton © Guillaume Feuillet / PAG