Parc amazonien de Guyane
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On 01/02/2019
Vie des territoires

Trouvée par nos agents en septembre, l’animal a été remis sur pied au centre de soin de SOS Faune sauvage

Margo Traimond, sort la buse de sa cage, sous le regard d'Oliver Claessens du Gepog et de Benoît Cassisus de Linval, directeur du zoo © Audrey Virassamy/ Pag

Un jeudi matin, entre deux averses, une petite équipe s’active en bordure des savanes de Wayabo, à Matiti. Il y a là deux agents du Parc amazonien, Olivier Claessens, du Gepog (Groupe d'étude et de protection des oiseaux en Guyane), Benoît Cassius de Linval, directeur du Zoo de Guyane et Margo Traimond, éthologue—qui étudie le comportement animal— et présidente de l’association SOS faune sauvage. Au centre de toutes leurs attentions : une buse à queue blanche (Geranoaetus albicaudatus). Si le rapace semble en forme, il revient pourtant de loin.

Le centre de soin, « un hôpital pour la faune sauvage »

En septembre dernier, à Saül, il a été recueilli par des agents du Parc. Faible, incapable de voler, la buse a alors été envoyée au centre de soins de l’association SOS Faune Sauvage. L’association, à but non lucratif, a vu le jour à l’initiative des zoos de Guyane, Martinique et Guadeloupe. Voilà pourquoi, chez nous, son centre de soin est hébergé par le zoo. « Le centre de soin est un « hôpital pour la faune sauvage », résume Margo Traimond qui en a la charge. Nous mettons la médecine vétérinaire à disposition des animaux sauvages en détresse, c’est à dire qui ne peuvent pas survivre par leurs propres moyens. On nous les apporte, on les soigne et ensuite on les relâche. »

C’est ce qui s’est passé pour la buse venue de Saül. « A son arrivée, elle était juvénile, maigrichonne, affaiblie et pas farouche, détaille l’éthologue qui a pris l’oiseau sous son aile. On lui a fait passer un examen clinique et des radios. On s’est aperçu qu’elle était tout simplement désorientée et affaiblie (photo ci-contre © Emeric Auffret). On l’a déparasitée puis placée en hospitalisation. Là, les cages sont petites, on peut bien surveiller l’animal, être sûr qu’il mange. Puis, on a pu la placer en rééducation. » 

Apprendre à chasser seule

A cette étape, la buse a bénéficié d’une plus grande liberté de mouvement et a pu se remuscler. « Ensuite, elle a été mise en réhabilitation. Là, on a une voilière bien plus grande, éloignée des locaux, qui permet le vol. Là, elle ne voyait des personnes qu’une seule fois par jour. Elle a alors entamé un programme pour la déshabituer de l’homme et vérifier qu’elle était capable de se débrouiller et de chasser toute seule.»
Arrivée en septembre, notre jeune buse a commencé à chasser seule fin octobre. Et pour ça, elle a à bénéficié du « garde-manger » du zoo : un élevage de souris grises. « Surtout pas des blanches ! précise Margo. Parce que ça, après, elle ne va pas en trouver dans la nature ! »

La nature, justement, notre jeune buse—au vu de son plumage elle aurait seulement un an— a commencé à y goûter une fois l’averse passée. Timidement.
Il lui aura fallu de longues minutes pour prendre le large. D’abord en marchant, puis en s’envolant sur un panneau où elle a pris le temps d’observer la savane environnante.

La buse, un animal en danger

Trouvée à Saül, la buse a pourtant été relâchée à Matiti. Un choix qui n’est pas incohérent, selon Olivier Claessens, membre du Gepog. « La buse à queue blanche est un rapace qui vit dans les savanes naturelles. Elle a besoin de ce type d’habitat pour survivre, trouver ses proies et se reproduire. Il y a deux populations de buses à queue blanche en Guyane : une cantonnée sur les dernières belles savanes du littoral et puis on a quelques couples— on ne sait pas combien précisément—qui sont présents sur les savanes-roches et les inselbergs du sud. Donc cet oiseau trouvé à Saül était en dispersion juvénile. Il venait soit du nord, soit du sud, en quête d’un territoire. Mais on ne sait pas s’il est né dans l’intérieur ou sur la côte. Il faut aussi savoir que la buse à queue blanche est rare en Guyane. C’est un rapace menacé.»
Selon l’ornithologue, on estime à une centaine le nombre de couples sur le territoire. « Du fait de cette petite population, c’est un oiseau qui est classé en liste rouge des espèces menacées de Guyane, dans la catégorie « en danger ». Cette petite population est liée à un habitat particulier et donc fragile. »

Les Saüliens à l'origine du sauvetage

Emeric Auffret, garde-moniteur du Parc amazonien, a amené la buse recueillie par l'équipe de l'antenne de Saül, au centre de soins il y a quelques mois. Présent lors du relâché, il souligne le bon travail d’équipe des partenaires, le Pag, le Gepog, SOS faune sauvage, le zoo… « Il ne faut pas non plus oublier les personnes du village de Saül, rappelle-t-il. Ce sont elles qui sont à l’initiative de ce sauvetage. Les Saüliens sont pleinement conscients de la nécessité de protéger la faune présente dans leur environnement proche. Tout ceci constitue leur quotidien. »

Après une demi-heure sur son panneau, la buse a déployé ses ailes pour rejoindre un arbre à quelques mètres de la route. Il lui aura encore fallu plusieurs minutes pour enfin se décider à prendre le large.« Ca fait toujours quelque chose de relâcher un animal qu’on a soigné, reconnaît Margo, émue. Après, on a le plaisir de se dire que cette buse est quelque part, qu’elle a eu sa chance. J’espère qu’il n’y a que moi qui la regrette ! Qu’elle, de son côté, ne regrette pas le centre de soin ! »

Liberté ou captivité ?

  Lorsqu’un animal sauvage est retrouvé blessé, il peut être amené au centre de soin de SOS faune sauvage en passant par l’accueil du Zoo de Guyane.
  Les deux structures, en plus d’être voisines, sont étroitement liées : le zoo finance l’association et ils partagent logistique, soigneurs et autres. Une proximité qui peut parfois porter à confusion.
« Nous mettons à disposition des locaux et des vétérinaires pour SOS Faune sauvage, indique le directeur, Benoît Cassisus de Linval. On fait en sorte que tout se passe bien pour les animaux. En fonction leur état, on voit s’ils sont capables d’être relâchés ou pas. Mais le but est de les relâcher. »

Dans le cas ou ce retour à leur environnement naturel est impossible, après l'avis du vétérinaire et de l'éthologue il est alors recommandé que les animaux soignés soient récupérés par un zoo agréé pour leur offrir un hébergement adapté à leur pathologie interdisant ce retour à la nature. La validation aux services concernés est systématiquement demandée. Les animaux non relâchables peuvent ainsi être confiés à un zoo en Guyane, aux Antilles, en Europe .... C'est l'option la plus favorable au bien être, à la conservation et à la pédagogie autour de cet individu, certes perdu pour la nature, mais pas pour son espèce. C’est le cas pour la harpie féroce visible au zoo de Guyane. « Elle a une aile qui n’est plus fonctionnelle, indique Margo Traimond. C’est un oiseau qui ne peut plus voler et qui donc ne pourra plus survivre seul. On fait de la pédagogie avec les animaux comme cela, on explique aux gens qu’il s’agit d’un rescapé, on leur dit pourquoi il est là et on leur indique comment ne pas perturber les animaux sauvages dans leurs milieux naturels. »